Boire la lie en rose 

par | Août 1, 2022 | Reportages | 0 commentaires

Cocorico, les français sont les premiers producteurs mondiaux de rosé mais aussi… ses premiers consommateurs ! Et comme le dit l’adage : “On n’est jamais mieux servi que par soi-même”. 

La tradition veut qu’on s’imagine directement en Provence, vignoble toujours plus en vogue. Des stars comme Brad Pitt ou Tony Parker, qui fait la couverture du 78e numéro de Terre de vins, investissent massivement dans ce vignoble. Et pourtant, chez Ni Bu Ni Connu, on est bien placé pour vous dire qu’il y a plein d’autres régions qui produisent des vins rosés magnifiques ! De l’Alsace, à la Loire, jusqu’au Roussillon, cette couleur fait l’unanimité ! Et comme tout produit qui suscite l’intérêt, il existe des dérives ; mais quand on sait qu’une bouteille de vin sur trois débouchée à table en France est un rosé, force est de constater que cela provoque surtout des passions ! 

1 – Les rosés désavoués

Dans l’imaginaire collectif, le vin rosé n’a que le rôle d’accompagnateur lors d’événements conviviaux que l’on l’oublie vite, que ce soit un BBQ, une après-midi piscine ou pendant les vacances… 

Pas apprécié à sa juste valeur, il est rare d’entendre à ces occasions  “alors comment vous le trouvez ce rosé ?” et de partir sur une description détaillée du vin qui est en train d’être avalé plus que dégusté. Il est même parfois allégrement saccagé par des glaçons qui lui “apporteront de la fraîcheur” (on ne recommandera jamais assez un frigo ou un sceau qui feront le même résultat, sans dilution du vin…). 

Il faut dire que la qualité n’est pas toujours au rendez-vous. Entre les rosés aromatisés, sucrés ou éclaircis par l’ajout de produits oenologiques, que l’on retrouve à prix cassés dans les rayons du supermarché. Et ceux au restaurant, où nous devons nous contenter d’une référence unique inscrite à la fin de la carte des vins. Notre curiosité de découvrir cette couleur n’est pas vraiment attisée et notre inconscient ne se prépare pas à dépenser autant d’argent que pour une autre bouteille.  

Et pourtant, le vin rosé a tout d’un grand vin à déguster tout au long de l’année ! 

2 – Les rosés à apprécier

Les rosés d’apéro

Comme la tradition angevine du vin rouge de soif et du cabernet d’Anjou, le rosé parfait pour l’apéro est fruité et gourmand, qu’on le partage entre copains ou qu’on en arrose le facteur lors de sa tournée. Des raisins récoltés à maturité et pressés directement pour conserver la fraîcheur du raisin et en faire des vins à la belle couleur rosé intense et aux arômes de fruits rouges. On en trouve de très belles expressions dans la Loire donc avec, par exemple, la cuvée l’Anjouée du domaine Ogereau où la framboise, la cerise et un soupçon de poivre vous feront oublier le temps d’un verre vos cacahuètes !

Les rosés de gastronomie

Vins de niche, ces rosés de gastronomie sont de la vraie dentelle, qui n’ont rien à envier à leurs comparses, les vins blancs et rouges. Et c’est grâce à la volonté de certains vignerons que cette nouvelle tendance progresse. 

Faits à partir de raisins de qualité, sur des terroirs spécifiques, ces jus sont travaillés avec beaucoup d’attention, que ce soit à travers un pressurage direct lent et doux ou une macération légère et délicate. Ainsi, les vignerons gardent la subtilité des arômes et la finesse du jus et en font de grands vins de garde. On en veut pour preuve les rosés de Tavel du domaine de l’Anglore et des disciples d’Eric Pfifferling, Romain Le Bars ou les Frères Souliers, très vineux, loin des jus clairs et (trop) faciles à boire qui inondent le marché. Rosés de haute volée, à découvrir également le rosé des Riceys d’Olivier Horiot en Champagne ou bien la cuvée Métisse de Maxime Magnon dans les Corbières. 

Ces rosés peuvent soutenir un repas tout entier sans pâlir ! On ne saurait que trop vous recommander ces vins cet été sur des carpaccios de viandes, des rougets à la plancha, des légumes grillés et des plats épicés. 

Et pour aller avec ces délicieux mets, on vous propose de superbes jus, dégustés avec toute la rédac ! 

La dégust’ de la rédaction 

Une grenadine pour adulte produite dans le respect du vivant par Christophe Kaczmarek & ses amis de Cahors. Un jus couleur grenat, assemblage 80% Malbec, 20% Tannat, ​​un rosé de saignée et de pressurage direct qui ne connaît aucun intrant durant tout le processus de vinification : vin non-collé, non-filtré. SO2 total <25mg/L. Voilà le pedigree de ce chat de compét’ qui reste accessible, dans tous les sens du terme.

Ici, on repousse un peu les limites de la définition (conventionnelle ?) du rosé avec cet assemblage des cépages noirs (saignée de pinot noir, fins de presse de merlot et marselan) et du cépage blanc roussanne. Cuve inox, non filtré, mis en bouteille par Céline et Harry Gozlan à Artigues. Les cuvées Bob Singlar existent en version rosé et rouge, mais même cette dernière reste un jus clair aux reflets framboise et aux arômes concentrés de fruits rouges acidulés. Parfait pour animer vos apéros estivaux et soirées dansantes.

  • Les Salines 2017, Mas Mellet, AOP Costières de Nîmes (Gard)

On prend la route du Rhône méridional avec ce jus de Carignan du Mas Mellet. Ces Salines ont connu une courte macération et offrent une belle couleur saumonée ainsi qu’une salinité originale qui vient rincer les fruits rouges, moins exubérants ici. Le millésime 2017 a bien évolué vers des notes tertiaires végétales, mellifères voire terreuses qui donnent du caractère à ce rosé atypique.

Vous connaissez peut-être la famille Baumberger qui produit dans la région allemande de Nahe des vins naturels légers, colorés et rafraîchissants. On est moins dans le rosé que dans le rouge peu extrait, à la façon de certains Carignan peu macérés et pressés rapidement qui débarquent de plus en plus du Roussillon pour venir rafraîchir les gosiers des citadins essorés par la chaleur du bitume. Il s’agit d’un assemblage de Regent (croisement Diana x Chambourcin) et du plus connu Dornfelder, cépages qui restent quelque peu sous-estimés bien qu’ils aient le mérite de résister aux champignons. Le résultat est juteux et rafraîchissant, avec un peu plus de matière et de mâche que les autres cuvées dégustées, dans un style un poil plus rustique, malgré une macération effectuée à froid et des tanins légers. Un bon rapport prix-plaisir pour ce rouge léger à déguster frais comme un rosé.

Un pied de nez au rosé pamplemousse du supermarché ! Ce n’était sûrement pas l’intention, mais Martin Wörner livre avec cet assemblage de rouge et blanc de Portugieser & Scheurebe un rouge léger et très aromatique dont le bouquet reproduit parfaitement l’illusion, et le plaisir pour celles et ceux qui l’apprécient, d’un rosé pamplemousse dans une version nature et sans sucre. Une salinité certaine vient équilibrer les agrumes, les notes florales et réglissées, les pointes acidulées d’airelle et de grenade. On dirait un clin d’œil germanique aux Trousseau et Poulsard jurassiens. 

  • Métisse 2020, Domaine Maxime Magnon, appellation Corbières (Aude)

Dans le verre, une assiette de fraises au sucre parsemées de poivre du moulin et de quelques herbes aromatiques qui fleurent bon la garrigue. Un vin tout en finesse, des tanins doux et une finale acidulée et rafraîchissante qui tranchent dans le Languedoc-Roussillon. Cuvée d’assemblage 50% Grenache Noir, 30% Cinsault et 20% Carignan, issu de vieilles vignes conduites en bio et plantées à environ 200 mètres d’altitude, sur des sols à dominante argilo-calcaire. Macération à froid des grappes entières, élevage en cuves pendant une dizaine de mois. Mis en bouteille sans collage ni filtration, zéro sulfites ajoutés.

Attention, on achève notre dégustation avec cet ovni, produit au domaine L’Arbre Viké sur les Côtes de Toul en Lorraine, en agriculture biologique depuis sa création en 2015 et certifié en 2017. Le domaine se tourne de plus en plus vers l’agroécologie et l’agroforesterie. Les vins y sont vinifiés avec un minimum d’intrants dans une cave située à Domgermain. Cette cuvée ovniesque est issue de raisins de Gamay des vendanges 2018 et 2019, vinifiés puis élevés sous voile. Le vin titre au final à 14 degrés d’alcool, ce qui renforce son potentiel de garde. Toutefois, aucune lourdeur à la dégustation. La première gorgée à l’aveugle nous emmène dans le Jura : on se perd dans la noix, le sotolon et l’odeur du grenier. Mais en se replongeant dans le verre, le caractère variétal du Gamay reste présent, comme un lointain souvenir : la dessiccation des fruits rouges a produit un résultat admirable qui semble avoir été enveloppé dans les saveurs briochées et nucifères des levures qui constituaient le voile sous lequel le vin a été patiemment élevé. L’umami n’est pas loin…

Toute l’équipe de la rédac’ vous souhaite de passer un bel été et de vous amuser avec les jus de presse ou de saignée, d’en voir de toutes les couleurs avec ces vins “rouge-rosé” atypiques et gentils jajas rafraîchissants vinifiés en cuves inox sans contrefaçon, pour faire souffler sur les vagues de chaleur successives une bise fraîche et gourmande, au plus près des raisins..

Rédaction : Marion Château et Bastien Pessay

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