La cosmoculture : une affaire d’érudits ?

par | Oct 8, 2021 | Reportages | 0 commentaires

Cet article pourrait être l’ouverture d’un éternel débat avec nos amis sceptico-cartésiens qui ne jurent que par la science. Pourquoi l’éviter ? Complexe, il n’en reste pas moins passionnant et pourra vous occuper toute une nuit (avec les bonnes bouteilles qui l’accompagnent bien sûr) ! 

Nous avons eu envie de parler de ce sujet car, suite à une dégustation au domaine Viret (aka le berceau de la cosmoculture), on s’est quand même dit qu’il se passait quelque chose ! Les vins d’Alain et Philippe Viret sont d’un tel équilibre et d’une telle vivacité, qu’on y croit ou non, nous avons eu envie d’en savoir plus sur cette méthode agricole : la cosmoculture. 

Dans l’univers du vin se trouve une galaxie où rayonnent des vins cosmiques. La cosmoculture repose sur une approche bioénergétique de l’agriculture. C’est un type de pensée bien particulier, voire une philosophie, qui sort du cadre de l’agriculture biologique et de la biodynamie. La cosmoculture a été créée en France par Alain et Philippe Viret, dans leur domaine viticole au sud de la Drôme et c’est Philippe, que nous avons interrogé, qui détaillera tout au long de cet article sa vision de la cosmoculture.

La cosmoculture, qu’est-ce que c’est ?

La cosmoculture est un mélange de cultures ancestrales qui trouve ses origines dans les anciennes civilisations maya et inca. Plus qu’une méthode de culture, il s’agit d’une philosophie à part entière basée sur la connaissance des principes énergétiques. La cosmoculture incite les vignerons à établir des échanges entre les énergies cosmiques et les éléments terrestres. L’objectif : préserver les êtres vivants et rééquilibrer les écosystèmes. C’est une méthode d’agriculture naturelle qui, en plus des principes biologiques et biodynamiques, s’appuie donc sur les échanges des énergies cosmiques et telluriques (provenant de la terre). 

C’est au domaine Viret qu’a été créée cette nouvelle culture. Quand Alain Viret a repris le domaine familial, il manquait d’eau pour faire du vin et sa famille donnait donc leurs raisins à la cave coopérative. Comme leurs terres étaient autrefois appelées par les Romains les « collines du Paradis », Alain était persuadé qu’il devait forcément y avoir de l’eau pour avoir un tel nom ! Après 30 années de recherche, Alain, formé à la sourcellerie, a trouvé la source d’eau et a commencé avec son fils, Philippe, à s’intéresser à toutes les cultures ancestrales qui formeront la cosmoculture.

En interrogeant Philippe Viret sur la question, il nous prévient que la cosmoculture est en perpétuelle évolution, ils découvrent encore de nouveaux principes qu’ils intègrent au fur et à mesure dans leur cahier des charges (qui sera normalement disponible fin 2021). Pour eux, l’agriculture biologique et biodynamique étaient une évidence, et ils voulaient aller au-delà. Dans les années 80, Alain a donc créé la cosmoculture et s’est intéressé à l’approche énergétique de la vigne. La cosmoculture utilise plusieurs autres méthodes comme la biodynamie, la permaculture, l’électroculture, la géologie… 

Principes de la cosmoculture

Cette méthode a été déposée par la famille Viret et devra aboutir à une marque collective et internationale. Sa mise en place et son contrôle se feront à travers un comité d’éthique au service du développement et du bon usage de la marque et de son cahier des charges. Cela, afin que la cosmoculture ne profite pas à certains opportunistes et ne devienne pas un énième label mais bien une garantie d’un monde plus vivant, plus respecté et plus équilibré. C’est avec humilité que Philippe nous a dit vouloir transmettre cette culture et que ces principes essentiels soient partagés. Mais il veut éviter les applications superficielles, par exemple “mettre une pierre levée au hasard dans ses vignes et revendiquer de pratiquer la cosmoculture”.

Quels principes englobe la cosmoculture ?

Dans la cosmoculture, l’énergie présente dans le sol est très importante, il faut donc bien connaître la constitution et l’histoire du sol, la terre étant la matrice de la vie. Pour cela il existe la géobiologie, qui est l’étude des lieux et plus particulièrement, des éléments du sol, comme les courants telluriques, les cours d’eaux souterrains ou les failles telluriques, qui ont un impact sur tout le vivant (humain, animal ou végétal). « Les courants telluriques sont des mouvements énergétiques qui peuvent être des lignes à haute tension ou d’autres courants d’énergie qui circulent dans la terre. » nous précise Philippe. Dans la plupart des lieux, il existe des interférences ou des déséquilibres, il faut alors réorganiser tout ça. 

Cette pratique, qui peut s’apparenter également au feng shui de l’agriculture, est utilisée également chez les éleveurs qui rencontrent des problèmes avec leurs bêtes (production, comportement, fécondité). Des géobiologues interviennent pour étudier l’implantation des bâtiments, les réseaux électriques ou les sources d’eau autour de la ferme qui peuvent perturber les énergies des sols en créant des interférences électromagnétiques sur l’environnement. La géobiologie permet ainsi de déterminer les zones nécessitant un rééquilibrage des énergies vitalisantes et donc de pallier ces perturbations magnétiques qui influencent la production des bêtes ou des plantes. En France, contrairement à l’Allemagne ou la Suisse (qui a même une école dédiée à la Géobiologie et la Sourcellerie) où le développement des énergies renouvelables est bien plus avancé, la géobiologie est considérée comme une pseudo-science car, selon l’association française pour l’information scientifique, “ses méthodes d’investigation ne suivent pas une démarche scientifique et ses résultats n’ont pas de confirmations par les disciplines scientifiques” . Le domaine Viret, eux, ont décidé d’utiliser cette méthode dans leurs vignes. 

Au-delà de la géobiologie, la cosmoculture va s’intéresser à tout ce qui a un impact sur les vibrations des sols. Pour étudier cela et avoir une influence sur leurs impacts, la cosmoculture utilise : 

  • Le balisage planétaire : pratiqué autrefois par les mayas et les incas, le balisage planétaire favorise les échanges énergétiques entre le ciel et la terre en renforçant le sol et ses éléments. L’installation de poteaux et de balises cosmiques permettrait d’équilibrer le potentiel énergétique d’une parcelle de vigne. En pratique, il faut implanter sur le terrain des balises accumulatrices d’énergie. Dans le domaine Viret, ce sont les pierres levées ou menhirs qui accumulent et diffusent cette énergie.  

  • La radionique : vise à modifier le champ magnétique de notre environnement. La méthode permettrait d’influer sur les vignes en orientant l’énergie des balises cosmiques. En l’utilisant sur leur domaine, les vignerons souhaitent ainsi créer une intercommunication entre le sol, la vigne et leur vin. En agriculture, elle peut être utilisée comme un support utile dans la régénération des sols, dans l’optimisation des défenses naturelles des plantes, dans la lutte contre les maladies et dans l’optimisation de la qualité sanitaire, énergétique et nutritionnelle des fruits. 

  • La radiesthésie : permet de mesurer la qualité vibratoire d’un environnement en étudiant l’impact des ondes émises par la terre sur les êtres vivants. Certaines de ces ondes peuvent être bénéfiques alors que d’autres peuvent être pathogènes. Alain Viret avait commencé par étudier cette technique pour rechercher les sources magnétiques du domaine qui pourraient aider pour le soin des vignes. 

  • La mémoire de l’eau : implique que l’eau puisse transmettre des informations à son environnement par l’intermédiaire de préparations biodynamiques diluées. On parle alors d’eau informée, qui jouerait un rôle dynamisant sur : la régénération du sol ; l’amélioration des défenses naturelles des plantes ; la lutte contre les maladies ; la qualité nutritionnelle et gustative du raisin.

Toutes ces méthodes qui sont étroitement liées peuvent être utilisées au sein de la cosmoculture pour atteindre un objectif, l’équilibre énergétique des sols. Perçu comme de l’acupuncture terrestre, l’intervention sur des points actifs spécifiques peut alors apporter de l’énergie au sol. La terre n’est pas inerte, tous les éléments vivants sont influencés par des vibrations et des rayonnements et évoluent, selon la cosmoculture, entre deux forces fondamentales : celle du Cosmos et celle de la Terre. Et comment cela ne pourrait-il pas impacter la vigne qui prend ses racines dans la terre ? Nous recevons en permanence des forces électromagnétiques car sur Terre toute matière vivante émet des ondes qu’il s’agisse des minéraux, des végétaux, des animaux et des humains. Des forces invisibles influenceraient donc les vignes et le jus en fermentation et le vin. 

*Sources :

1) Petit Bouchon – La cosmoculture : géobiologie et énergies cosmiques pour un vin nature

2) Reportage sur Luc Leroy – Géobiologue

Et concrètement, qu’est-ce que ça donne ? 

Si on revient un peu les pieds sur Terre, les applications de la cosmoculture sont nombreuses. La culture du sol dans la cosmoculture autorise uniquement l’emploi de produits naturels : jus de compost ; compost végétal et animal ; silice et eau informée ; amendement de roches minérales pures. Pour le traitement des vignes, l’utilisation de cuivre et de soufre est admise, mais dans des quantités infimes par rapport aux taux fixés par les normes européennes. En remplacement de ces produits, les viticulteurs préfèrent avoir recours à des solutions liées comme en biodynamie : huiles essentielles informées, tisanes et infusions à base de plantes…

Au domaine Viret, ils ont implanté des balises accumulatrices d’énergies cosmiques, des pierres levées ou menhirs de 2 mètres de haut, sur des points précis pour favoriser cette connexion entre le ciel et la terre, et y créer l’équilibre et l’énergie où l’écosystème retrouve ses défenses naturelles. Cette technique est appelée par Alain Viret la « géocupuncture ». Ces techniques ont pour effet de faire pénétrer le système racinaire en profondeur, ce qui, avec le réchauffement climatique devient de la plus grande importance, la vigne étant ainsi moins sensible à la sécheresse plus importante en surface. Au domaine, Philippe va plutôt suivre l’influence des planètes et le calendrier lunaire plutôt que d’appliquer l’intégralité des préceptes de la biodynamie. « Avec un domaine de 35 hectares, il est difficile de travailler en biodynamie sans machines, au chai comme à la vigne, nous faisons donc plutôt appel au bon sens paysan. »

Pour la vinification, la cosmoculture préconise une vinification naturelle, avec le moins d’intervention possible : une vendange saine et manuelle ; transport des raisins au chai par gravitation, l’exclusion d’ajouts de produits œnologiques (levures, tanins, enzymes…) ; des doses homéopathiques voire pas de sulfites ; la fermentation en contenant faits avec des matériaux respectueux du vin (pas de barriques neuves) ; suivi du calendrier lunaire ; un élevage lent avec peu d’interventions ; la mise en bouteille sans ou peu de filtration (pour les vins blancs)… L’objectif principal de cette pratique est de mettre en avant le terroir et le savoir-faire des hommes qui travaillent leurs terres.  

Alain et Philippe Viret ont construit en 1999 une « Cave Cathédrale » autour d’une source naturelle située sur le domaine et qui jaillit sur un quartz. La cave, semblable à un palais égyptien de l’extérieur, a été construite selon la géométrie sacrée et le nombre d’or qu’utilisaient les bâtisseurs des pyramides égyptiennes. Dans la Cathédrale se trouvent treize piliers réalisés avec des blocs de pierre provenant de la carrière ayant fourni les pierres du Pont du Gard et avec à la place de l’autel, le quartz qui est censé apporter de l’énergie à l’ensemble du chai. Depuis 2005, Philippe, précurseur dans la réintroduction de l’élevage des vins en amphores en France, vinifie en Dolias, grandes jarres de terre cuite utilisées dans le passé par les romains. L’amphore a un réel apport sur le vin, la qualité du matériel utilisé pour réaliser le contenant et le savoir-faire du potier sont primordiaux pour le futur vin ; c’est comme le chêne pour les barriques, son origine, sa provenance, le savoir-faire du tonnelier garantissent souvent le résultat final. “J’utilise des contenants réalisés sur mesure qui suivent la géométrie du nombre d’or, en argile, grès, céramique ou porcelaine, qui ont tous une énergie et un impact différents sur le vin”. 

Amphore au domaine Viret

En résumé, la cosmoculture est une méthode agricole qui fait l’éloge du vivant. Elle rappelle que l’homme est un élément à part entière sur cette Terre et doit agir en tant que tel, en pleine connaissance de l’impact qu’il a sur les éléments qui l’entourent. En plus d’une philosophie, c’est une pratique qui, à la dégustation, convaincra les plus pragmatiques. Malgré le manque de résultats chiffrés ou de mesures précises, il faut garder en tête qu’il n’existe pas seulement qu’une seule science et qu’il est intéressant de se nourrir des découvertes de chacun pour se créer ses propres convictions !

La cosmoculture, qui y croit vraiment ?

Il ne faut pas croire qu’Alain et Philippe soient les seuls à emprunter des méthodes à la cosmoculture ! 

Également le Domaine de l’Ecu, déjà bien avancé dans l’appropriation de cette méthode, et le Château Le Puy à Bordeaux, Nicolas Joly du vignoble de la Coulée de Serrant à Savennières, le domaine Arretxea à Irouléguy, le domaine Villa Dria dans le Gers ou le Château Romanin en Provence ont adapté leurs domaines pour permettent aux forces des courants telluriques et aux différentes énergies du sol d’avoir une influence positive sur leurs vignes et leurs vins. 

Philippe insiste sur l’importance des lieux, chaque lieu est unique et le vigneron doit s’adapter à son histoire, ce qui a occupé les terres par le passé. Le vignoble a la mémoire des lieux et des énergies et des échelles vibratoires différentes sur chaque parcelle, sur chaque pied de vigne. Il faut prendre le temps de comprendre ses terres pour capter le potentiel d’un « haut lieu », terroir à fort potentiel énergétique. Par exemple, au domaine Viret, ils ont planté toute une parcelle de vignes en spirale, le mouvement de vortex va agir sur les forces du ciel et de la terre. Pour pouvoir s’approprier la cosmoculture, Philippe est catégorique, il faut avoir une sensibilité, être connecté avec le vivant, ressentir l’énergie d’un lieu, d’une vigne. Pour l’instant, Philippe fait des formations au domaine mais bientôt la formation sera menée également par une école, L’IFCO à Paris et Marseille.

« Maintenant, les gens sont beaucoup plus ouverts qu’il y a 20 ans. Tout le monde fait appel à des médecines alternatives ou des pratiques agricoles proches de la cosmoculture. L’information circule plus rapidement et plus facilement. Les sceptiques sont donc plus faciles à convaincre. De plus, la qualité des vins avec le temps, en a convaincu plus d’un. » précise Philippe. Pour Philippe, la principale source d’énergie de la vigne est le respect, la spiritualité, la part vibrante et l’amour que l’on peut amener au quotidien sur un lieu. 

Ce qu’on en a retenu de notre côté ? Il faut continuer (recommencer) à être observateurs et sensibles à ce qui nous entoure. Être conscient de sa marque sur la nature et accompagner la vigne et son vin avec humilité. Une nouvelle ère énerg-éthique ?

De sourcellerie à sorcellerie, pour certains la limite est encore fine mais, dans tous les cas, ce qui nous paraît intéressant dans la démarche de la cosmoculture, c’est qu’elle pose un regard et questionne la nature qui nous entoure. Nous avons conscience qu’il manque des mesures précises et des données empiriques fiables sur les effets directs de la cosmoculture. Mais on ne pourra pas reprocher à ces convaincus de respecter leurs terres et les êtres vivants qui les composent. Pourquoi ne pas entendre leur démarche avec humilité et curiosité ? On a toujours à apprendre de son voisin !

Zoom sur les vins du Domaine Viret 

C’est à Saint-Maurice-sur-Eygues, dans la Drôme, que se trouve le domaine Viret de 60 hectares dont 35 hectares de vignes acquis par la famille depuis 1917. L’ensemble de leurs cuvées donnent des vins équilibrés et vivants voir même vibrants. 

La Coudée d’or 

Cette cuvée élaborée avec les cépages blanc typiques de la région (Viognier, Clairette, Roussanne et Marsanne) est d’une finesse et d’une justesse épatante ! Vin blanc de gastronomie qui devra s’accorder avec des mets savoureux et délicats qui tiendront la route face à tant de prestance. 

Emergence

Raisins provenant d’une parcelle de vieilles sélections massales de Grenache, Syrah et Carignan sur des argiles profondes et riches en éléments minéraux qui donnent un vin dense et structuré. Un élevage de 48 mois en fûts apporte de la profondeur au vin dont les arômes de fruits noirs rendent gourmand et très agréable ce vin. Ce vin montre bien l’identité forte de son terroir, puissant et en même temps sur le fruit et les épices, il ne laisse pas indifférent. 

Dolia Ambré

Quelle couleur ! On salive déjà en voyant le vin couler dans notre verre, d’un jaune caramel profond, on a envie de directement plonger notre nez dedans. Élevé en amphore, ce vin est issu d’une macération pelliculaire de 3 mois de cépages Muscat petit grain, Roussanne, Bourboulenc, Clairette rose et Grenache blanc lui donne cette robe et une complexité aromatique qui nous oblige a y retourner une deuxième fois pour comprendre tout ce qui se cache derrière ce vin. Le vin reste très frais, ce qui permet de savourer la bouteille plus ou moins vite selon votre patience. 

Vous n’êtes pas convaincus ? Quoi de mieux alors que de vous rendre sur place pour déguster les vins du domaine Viret et échanger avec Philippe, homme passionné et passionnant. 

Rédactrice : Marion CHATEAU

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