Coteaux-du-Lyonnais, à la croisée des géants

par | Fév 18, 2021 | AOPC | 0 commentaires

Nous quittons les intriguantes vallées auvergnates pour nous diriger vers celles, tout aussi attrayantes, d’une nouvelle Appellation d’Origine Peu Connue : Les Coteaux-du-Lyonnais ! Dotés de quelques notions de géographie et de déduction – et inversement – vous vous doutez certainement que cette AOC, reconnue en 1984, se situe à proximité de Lyon, et vous avez raison ! A vingt minutes à l’Ouest de la troisième ville de France, se déploient ces terres anciennes à la croisée de la majestueuse Bourgogne, le friand Beaujolais et le prestigieux Rhône dont les vins – issus des incontournables Gamays et Chardonnays principalement – vibrent d’une matière pleine de minéralité ! Résolument tournés vers le bio, les vignerons des Coteaux-du-Lyonnais dynamisent leur région et s’efforcent de lui donner la visibilité qu’elle mérite ! En attendant la réouverture de nos nécessaires restaurants, partons à la rencontre d’autres bouchons lyonnais….

Zoom sur l’histoire des Coteaux-du-Lyonnais

Création de L’AOC : 1984 

On relate des traces de viticulture dans la région vers – 45 avant J.C. ; c’est une situation géographique de choix, grâce à la proximité de plusieurs voies navigables, qui contribue à favoriser l’écoulement de la production. Il en va ainsi pendant des siècles et jusqu’à la terrible crise du phylloxéra que l’on sait vers la fin du XIXème siècle,  stoppant nettement l’activité viticole. Les portes-greffes alors immunisés importés d’Amérique ont permis la reconstruction du vignoble par une plantation massive du qualitatif Gamay, devenu premier cépage de la région ! 

C’est en 1936 qu’un tournant s’amorce dans la définition géographique de l’aire viticole grâce à la création du Beaujolais. Certaines communes à proximité (Sarcey, Saint Germain sur l’Arbresle, Bully, Nuelles et l’Arbresle) intègrent alors cette nouvelle région. Cette distinction permet donc une identification plus claire du vignoble lyonnais.

La deuxième guerre mondiale pousse les viticulteurs lyonnais à demander la création d’une AOC car seuls les vins visés par une AOC sont commercialisables quand les autres catégories sont réquisitionnées par l’occupant ! Cette démarche a donné naissance à la délimitation de nombreuses autres appellations – notamment en Bourgogne – parfois au détriment de la notion de terroir à force d’extensions (comme pour Gevrey-Chambertin, révisée en 1963).

De 1952 à 1984, de nombreuses tractations sont menées, la création de la cave coopérative de Sain Bel structure un peu plus la production et enfin c’est en 1984 que les 370 hectares sont classés AOC Coteaux-du-lyonnais par Louis Mermaz lui-même, Ministre de l’Agriculture de l’époque !

Site de l’appellation des Coteaux du Lyonnais

Coteaux-du-Lyonnais : une double identité d’une grande variété

Ce vignoble ancien appartenant aux notables de Lyon fut un temps plus vaste que le Beaujolais ! C’est le développement de l’agglomération lyonnaise qui en réduira considérablement la surface. Limité à l’Est par le Rhône et la Saône, au Nord par les vignes du Beaujolais, à l’Ouest par les monts du Lyonnais et au Sud par les vignes des Côtes du Rhône, le vignoble des Coteaux du Lyonnais se scinde en deux zones principales situées à quelques kilomètres de Lyon :

  • autour de L’Arbresle au Nord
  • puis de Brignais au Sud

Cette appellation en forme de demi-cercle s’étend sur 40 kilomètres du Nord au Sud pour à peine 30 kilomètres d’Est en Ouest. La région offre un climat soumis aux trois grandes influences françaises : continentales en hiver, méditerranéennes l’été et océaniques tempérées par la Loire. Bien que l’ensemble de la région soit globalement proche du climat du Beaujolais, la zone Sud est plus marquée par l’influence méditerranéenne.

Les sols souples de roches éruptives et métamorphiques nous indiquent que l’aire viticole se situe aux portes du Massif Central (cf. notre dernier article sur les Côtes d’Auvergne). La roche mère de granites se diversifie dans les couches superficielles par une mosaïque très variée entre sols schisteux, plus sableux au sud, argilo-calcaires et argilo-siliceux au Nord-Ouest. 

Vignerons engagés et pratiques évolutives

Le dynamisme de la nouvelle génération 

Réparti sur 49 communes, le vignoble s’articule en  parcelles disposées entre des collines et des plateaux variant entre 200 et 550 mètres d’altitude jusqu’aux profondes vallées des Monts du Lyonnais (934m). En 2018, le vignoble compte près de 300 hectares dont le Gamay représente près de 80% de l’encépagement, complété par le Chardonnay, le Viognier, l’Aligoté et la Syrah.

L’identité des Coteaux du Lyonnais est façonnée par la vingtaine de caves indépendantes qui élaborent 40% de la production. Les autres 60% sortent de la cave coopérative de Sain Bel qui compte 85 adhérents pour 400 000 cols produits par  an !

Lien vers la cave coopérative en cliquant ici.

Aujourd’hui 30% des domaines sont certifiés en Agriculture Biologique, la région est très dynamique grâce à une nouvelle génération qui se pose les bonnes questions et se tourne de plus en plus vers les pratiques biodynamiques. C’est le cas du Domaine de Prapin, du fervent défenseur du tout naturel Baptiste Nayrand adepte depuis la création de son domaine, de Jonathan Garnier ou encore du chantant Domaine du Bouc et de la Treille !

L’appellation des Coteaux du Lyonnais se valorise d’année en année grâce à des domaines qui ont su s’imposer sur les tables, notamment lyonnaises et se construire une notoriété ! L’un des plus connus reste le Domaine de Clusel-Roch à Ampuis, qui produit également des vins d’appellation du Rhône Nord, où le passionné Guillaume Cluzel cultive 23 hectares en Agriculture Biologique et produit des vins d’une superbe intensité ! 

Mais alors pourquoi cette région qui a tout d’une grande n’est-elle pas plus présente dans nos caves et nos verres ? Figurez-vous que 90% de la production est bue localement ! Finalement, Les Coteaux du Lyonnais doivent être l’une des appellations de France les moins connues mais dont les vins se vendent très bien ! 

Paysage viticole dans les Coteaux-du-Lyonnais

Coteaux-du-Lyonnais, terres d’expérimentations

Rencontre avec le Domaine de Prapin

Lucie Rivière rejoint le domaine familial en 2016 et travaille 11 hectares en biodynamie sur la commune de Taluyers (zone Sud). Avec son mari Pierre, ils incarnent la sixième génération d’une famille d’artisans-vignerons, dont la certification Agriculture Biologique a été obtenue en 2009. 

Henri, le papa de Lucie, a pris grand soin de son domaine et de la biodiversité environnante toute sa vie. Amoureux de ses terres, il continue d’aider Lucie et Pierre dans leur développement, en réalisant lui-même de nombreuses tâches comme le greffage à l’anglaise notamment qui demande un temps fou ! (Eh oui, il faut biseauter greffon et porte-greffe un par un, les assembler, les ligaturer… ).

Le Gamay est vinifié au domaine de manière prépondérante, comme partout dans le coin. Cinq vinifications différentes sont cependant imaginées par le domaine pour des expressions aussi gouleyantes et fruitées que plus structurées et corpulentes. Les Chardonnays passent eux aussi en cuves, en barriques ou en jarres de 160 litres selon le style final voulu. Leur Viognier est particulièrement ciselé et élégant, il est d’ailleurs embouteillé dans une flûte (longue bouteille communément utilisée en Alsace) afin de marquer le côté effilé de cette cuvée dont le cépage peut parfois être dominé par rondeur et opulence ! 

“J’adore ce cépage, nous voulions le vinifier !”

Lucie et sa famille ont créé la surprise en proposant en 2018 une toute nouvelle cuvée élaborée de Gamaret ! Cépage suisse par excellence, issu d’un croisement entre le gamay et le reichensteiner, il donne des vins concentrés et fruités ! Le Beaujolais a récemment obtenu l’autorisation de plantation, l’idée fait son chemin en Coteaux-du-Lyonnais. Actuellement, Lucie  commercialise donc son 100% Gamaret, l’Envol du Milan Noir, en Vin de France. Une petite bombe fruitée et concentrée grâce aux 30hl/ha de rendements. Vinifié en cuve béton durant 4 mois, il garde une superbe gourmandise !

Tout savoir sur le domaine de Prapin en cliquant ici.

Dynamisation d’une préparation avant épandage

Retour de dégustation

Pour conclure notre AOPC mensuelle, nous souhaitions vous parler de deux cuvées agréablement surprenantes. Tout d’abord un blanc plein de pep’s l’Hecto 2019 du Domaine Clusel-Roch : 100% Chardonnay sur des sols de moraine-glaciaires et gneiss passé un an en barrique. Notes d’agrumes, de bergamote, nez floral à une bouche ample tout en restant pleinement droite grâce une tension présente et bienvenue lors des années chaudes !

Puis un rouge, Sauvage 2019 de Baptiste Nayrand, issu de vieilles vignes de plus de 50 ans travaillées en biodynamie, ce 100% Gamay vinifié en grappes entières en macération carbonique puis vieilli en fût est tout simplement magistral ! Fruité croquant et minéralité profonde, grand vin qui impressionnera assurément encore plus dans quelques années.

Prix caviste respectifs : autour des 15 € et 25 €

Et les vins de Tartaras alors ?

Pour les très nombreux lecteurs qui se demandent si les friands vins de Tartaras se trouvent en Coteaux du Lyonnais, il est important de préciser qu’ils appartiennent à l’IGP Collines Rhodaniennes, bien que très proche de la zone Sud de la région qui nous intéresse aujourd’hui. L’IGP Collines Rhodaniennes mérite à elle seule un prochain article d’AOPC …

AOPC précédente : La Loire Volcanique, disponible en cliquant ICI

Rédactrice : Hélène Savoye

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