Le domaine Myrko Tépus

par | Fév 26, 2020 | Portraits | 2 commentaires

C’est dans une Provence méconnue que notre rédaction vous embarque aujourd’hui. Loin des belles plages bondées de la magnifique côte d’Azur, c’est dans le haut-Var, souvent appelé la Provence verte, que nous partons. C’est une Provence différente, luxuriante, plus fraîche et couleur menthe qui nous accueille chaleureusement. Ici, l’eau bleu turquoise la plus proche est celle des merveilleuses gorges du Verdon, frontière naturelle entre les Alpes du Sud et l’approche du littoral méditerranéen. C’est dans ce décor verdoyant, à Esparron, que le tout jeune vigneron Myrko Tépus et sa compagne, Marianne Conan, ont posé les bases de leur domaine viticole, il y a de cela plus de 4 ans. Le couple appartient à cette nouvelle génération de vignerons passionnés par leur terroir. Observer le cycle végétatif de la vigne (du bourgeon aux vendanges) et contempler la nature, celle qui impose le respect. C’est donc la philosophie de Marianne et Myrko qui permet de créer, ensemble, de très jolies cuvées de terroir. Petit, Myrko était baladé aux 4 coins de la France, de vignerons en vignerons par son père, marchand de vins. C’est lors des longs repas de famille que son père lui a aussi appris la dégustation : “c’est après une dégustation dans le célèbre vignoble de l’ermitage (proche de Valence, Rhône nord) que j’ai su que je serai vigneron!”

 

Un terroir Idéal en IGP coteau du Verdon.

“Ici nous avons le climat parfait pour faire du vin”

Myrko Tepus

 

Est-ce que tous les terroirs se valent ? Hmm, difficile de répondre à cette question. En même temps, il paraît “logique” qu’il y ait des lieux plus disposés à faire du vin, et surtout de l’excellent vin, que d’autres. Au-delà de la géographie et de la beauté d’un lieu, il y a des terroirs très appropriés pour faire de l’agriculture et notamment celle du raisin. A Esparron, Myrko affirme qu’il sont des privilégiés “Ici nous avons le climat parfait pour faire du vin”.

Leurs vignes, nichées à 460 mètres d’altitude, sont dans un beau et long couloir naturel qui va du Bessillon à la Sainte-Victoire. Cette particularité offre une excellente amplitude thermique. Celle permettant une maturité des raisins plus douce et qui offre des acidités plus longues aux vins. Aussi le roi mistral, s’engouffre dans la vallée, il permet d’assainir les raisins et de diminuer les risques d’attaques de champignons comme le mildiou. Bien évidemment, à chaque règle son exception : “Dans nos vignes et selon le millésime, la stratégie de culture peut changer du tout au tout. Comme cela a été le cas en 2018, avec une année très pluvieuse et rare en Provence. Cette année, le mildiou a fait des ravages, séchant sur place les grappes. Il a fallu batailler jusqu’à la mi août pour pouvoir récolter des raisins sains”.

 

Le terroir d'Esparron, sous le brouillard

Le terroir d’Esparron, sous le brouillard

 

“Aucuns produits de synthèses dans leurs vignes depuis 10 ans”

Myrko et Marianne travaillent 10 hectares de vignes, en bio, situées sur le coteau Sud et Nord d’Esparron. Les amoureux profitent d’un sol capable d’une extraordinaire absorption en cas de pluie. Sur ses premières années de vigneron, l’objectif de Myrko était d’apporter plus de vie dans les sols : “J’ai travaillé les sols avant le végétal. Et la viticulture bio ici, comment ne pas la faire, ”. Voici encore un exemple de l’importance des sols dans un terroir, indispensable pour toute(s) bonne(s) agriculture(s).

Le jeune couple possèdent notamment une parcelle de vieilles grenache âgées de 60 ans qui offrent encore aujourd’hui des rendements intéressants et de qualité : “40 à 45 hectolitres”.

“Apporter de l’oxygène aux vignes”

Les deux souhaitent aller encore plus loin dans la démarche bio en “enherbant” davantage leurs parcelles : “Ce sont des engrais verts”. Ils sèment des céréales, à l’automne, ainsi que des fabacées. Cela améliore la structure du sol en lui apportant de l’azote. Ces actions permettent d’augmenter le taux de matières organiques dans les sols.

Enfin, le couple est aussi un fervent utilisateur de produits naturels qui se rapprochent de la biodynamie. Hydrolats de thym, de romarin et de lavande qui permettent de réduire les doses de cuivre. Le bon sens paysan local les a aussi encouragé à utiliser le fumier de mouton de la ferme voisine, idéal pour apporter encore de l’engrais naturel à leur terroir.

Parcelle de vignes du domaine Myrko Tepus

Parcelle de vignes du domaine Myrko Tepus

 

Le travail au chai

« Loin des standards de Provence »

 

La continuité naturelle d’un beau travail et des vins d’une grande qualité… 

Cela fait 3 ans maintenant que le couple vinifie leurs cuvées. Ils travaillent toujours dans la cave qu’on leur a prêté, un bel édifice du début du XXème siècle. Pour l’anecdote, en plein hiver, les températures peuvent descendre autour de 5 degrés en cave, permettant ainsi une bonne sédimentation des vins.

… Et sans intrants pour des vins juteux !

Fermentation avec les levures indigènes, pas d’enzymage ni d’opération de collage : Myrko s’autorise simplement de sulfiter le vin après fermentation malolactique*. Cela offre un beau jus pour la dégustation.

Le bon sens paysan des deux amoureux, doublé d’un joli travail en cave offre des cuvées réussies et pleines d’avenir. Proposant un blanc, des rouges et un rosé, c’est sur ce dernier que nos papilles ont clairement rebondi. La cuvée Daï rosé est une réussite absolue. Ce sont leurs vieux plants de vignes de grenache et de cinsault, récoltés à juste maturité qui permettent un rosé aussi tendre, croquant et loin des standards de Provence. Son côté vineux, sa mâche et ses arômes de pêche, d’abricot et de fruits rouges donnent envie d’en reboire une bouteille… Ce sera pour l’année prochaine !

*Fermentation malolactique : seconde fermentation (après la fermentation alcoolique). Transforme les acides maliques en lactiques qui entraine une diminution de l’acidité dans un vin.

La cuvée Nitchivo

La cuvée Nitchivo

 

La Marianne et l’Été Indien.

Marianne, la compagne de Myrko travaille majoritairement au chai. Même si elle n’aime pas le dire, elle a une sensibilité à avoir les mains dans le jus quand Myrko, lui, est plus dans les vignes.

Marianne est une artiste. Elle a confectionné une cuvée personnelle ou elle a mis l’ensemble de son savoir faire : été indien. Ce nom magique car l’été indien est magnifique dans cette région ou l’automne arrive souvent en retard. Elle récolte leur carignan à la fin octobre, pour une maturité optimale. Assemblé à 20% de vieilles vignes de grenache, le tout en grappes entières, la cuvée est ensuite élevée à moitié dans l’inox et l’autre en demi-muid de 600 litres pour être sur le fruit, accessible, fraîche avec de la structure et de beaux tanins souples (prix TTC au domaine : 16 €). Attention, il n’y en aura pas pour tout le monde (1 200 bouteilles).

Auteur : Willy Kiezer

Rencontre de Marianne au salon Biotop Paris – Novembre 2019.

Entretien téléphonique avec Myrko – Janvier 2020.


 

Les autres cuvées (uniquement celles dégustées) : 

 

Daï rosé : Un grand rosé de gastronomie, digne des plus grands. Pêche, abricot sur un lit de frais écrabouillées, parfait le matin au petit déjeuner. 60% grenache, 40% cinsault / pressurage direct en grappes entière et vinifiées en cuve béton avec un élevage de 6 mois.

Prix caviste : 15 € TTC

Le Lointain blanc : Quel vin ce blanc… Après une bonne heure d’aération, on a l’impression de boire une délicate citronnade. Une jolie mâche qui démarre sur une très très très belle acidité ! Un délice. 90% ugni blanc, 10% chardonnay. 80% de pressurage direct en grappes entières + 20% en macération pelliculaire de 10 jours. Vinification en barrique de 225 litres et élevage sur lies de 8 mois.

Prix caviste : 24 € TTC

Nitchivo : Nez légèrement fermé. Il a fallu attendre pas loin d’une heure pour le boire et sentir de jolis arômes. Poivré et épicé, il respire le sud. 100% carignan. Vinification en grappes entières et en foudre + cuve béton. Élevage en foudre et demi muid de 600 litres de 8 à 18 mois.

Prix caviste : 18 € TTC

Saint-Jean : Un grenache bien travaillé sur le réglisse et l’épice. Évidemment, les fruits noirs qui l’accompagnent lui offrent une belle acidité. 100% grenache en vinification en grappes entières en cuve béton. Élevage de 8 mois sur lies fines.

 Prix caviste : 20 € TTC

Les cuvées dégustées et notées par la rédaction

Les cuvées dégustées et notées par la rédaction