Portraits

LES VINS NATURES DU DOMAINE OBRIERE

Vins conventionnels, bios, biodynamiques et surtout vins « natures » font l’actualité en ce moment. On en parle un peu partout mais franchement ce que j’entends à droite et à gauche est souvent, permettez-moi l’expression, un ramassis de connerie. On a même pu le voir sur la fameuse vidéo d’Antonin dans l’Obs sur le vin nature. Je vais vous expliquer (en tout cas je vais essayer) ce qu’est un vin « nature » mais aussi surtout en quelques phrases quelles sont les autres façons de faire du vin, évidemment c’est pas la définition du Larousse.

 

LES MODES DE PRODUCTION

 

En France, on peut faire du vin selon 3 grands modes de travail, de production :

Le mode conventionnel pour lequel les autorités mettent des règles strictes avec des limites et des produits autorisés pour faire du vin. Dans ce mode de production, évidemment des pesticides, insecticides, sulfites et bien d’autres produits sont autorisés pour travailler la vigne mais aussi transformer le jus de raisin en vin. Les vignerons choisissent eux-mêmes les quantités et les taux toujours en respectant les règles définies par les autorités. Beaucoup d’analyses ont même montré que certains vignerons étaient véritablement en dessous des quantités maximum autorisées.

Logo AB, le bio !La viticulture biologique est le deuxième mode de façon de faire du vin. Le cahier des charges, c’est-à-dire les produits utilisés et leurs quantités, est plus stricte, plus réduit que dans le mode conventionnel.

On utilise toujours quelques pesticides pour traiter la maladie mais ils sont nettement moins nombreux et surtout les vignerons utilisent moins de quantité. Pour moi, c’est la chose à retenir quand on parle de bio, on est dans la bonne direction.

Logo certification "DEMETER". Un mode biodynamique.

Le troisième mode est le mode biodynamique. Ici, on utilise que des produits naturels pour traiter la vigne et faire du vin. C’est à la fois un mode, un concept et une philosophie. Par exemple, les vignerons font les vendanges ou la vinification par rapport à un calendrier lunaire.

Les types de vins sont donc encore plus « natures » et « sains » que dans le mode bio.

 

Les vins natures, quant à eux, n’ont pas de règles ou de législations à part entière. Il est donc impossible de déterminer ce qu’est vraiment un vin nature. Certains bons vignerons font par exemple du vin nature car ils maitrisent déjà l’art du bio ou de la biodynamie en appellation et se lancent dans la conception de quelques cuvées natures, sans souffres ou sulfites ajoutés. D’autres vignerons ou grands groupes que vous achetez au supermarché mettent moins de souffre et ajoutent tout simplement « vin nature » sur l’étiquette… Vous voyez l’écart entre les deux ? Pour moi, ce qu’il faut faire, c’est se renseigner à la source pour savoir comment le vigneron fait son vin et pourquoi son vin est nature.

En tout cas, je trouve, aux premiers abords, ce genre de vin assez désagréable à déguster, à conserver car les odeurs donc les arômes sont difficiles à déceler et ne sont pas fixées sur le vin (grâce au sulfite ou souffre). 2 bouteilles sur 3 ne sont franchement pas agréables à boire… Après, le concept de faire des vins sains, je ne peux que trouver ça top. Mais bon, encore faut-il savoir bien le faire pour ne pas être déçu.

Évidemment qu’en allant au supermarché pour acheter son vin, vous allez tomber sur de très grandes structures de distribution de vins. Généralement ces bouteilles sont produites en mode conventionnel et utilisent de nombreux pesticides…. Je vous conseille plutôt d’aller chez un caviste INDÉPENDANT pour être accompagné dans le choix de votre vin conventionnel.

Bref, j’ai envie d’être convaincu et d’en savoir un peu plus sur ces vins que l’on appelle natures. J’ai interviewé le Domaine Obrière, un tout petit domaine en biodynamie qui produit des vins natures. Sara et Charles sont les vignerons de cette exploitation qui a décidé, il y a 3 ans, de se lancer tout près de Béziers.

 

LE DOMAINE OBRIERE

 

Quand je dis « tout petit », ce n’est pas péjoratif vous le savez bien. En revanche, le domaine est petit par la taille, oui. Mois de 4 hectares de vignes pour près de 4 000 bouteilles estimées pour une très bonne année. La majorité des pieds de vignes plantés sont de vieux pieds, certains de Carignan ont plus de 80 ans. Grenache, Syrah et Carignan pour les rouges et Servan, vieux cépage local, pour les blancs. Le Servan offre des vins tendus avec une belle acidité sur des arômes de pamplemousse, de poire et d’amande. Ce qui est intéressant, c’est que ce cépage est à la base un raisin de table. L’an dernier, le Domaine Obrière a produit 2000 bouteilles, toutes vendues dans les « estivales » du coin (des dégustations le soir dans les villages).

 

Sara & Charles, les deux amoureux du Domaine Obrière.
Sara & Charles, les deux amoureux du Domaine Obrière.

Bref, cette petite exploitation a une passion et une façon de faire des vins, tout pour la nature : dans le travail, le style et la philosophie. Les deux vignerons veulent faire les vins qu’ils souhaitent faire et sans aucunes contraintes. Leurs cuvées n’ont pas d’Appellations. Le domaine Obrière pourrait être en IGP Hérault ou AOC Languedoc, mais non ! Sans AOC c’est un vin de France ! Et les deux amoureux assument.

Ils assument aussi la revendication « vins natures » mais en expliquant que le zéro sulfite n’existe pas et les vins qui sentent l’écurie ils n’en veulent pas. En gros, ça leur arrive de « sulfiter » pour éviter les défauts des vins sans sulfites ajoutées (dur à comprendre hein) : « on ne s’interdit pas de légèrement sulfiter pour éviter les déviations ». Le fait de ne pas ajouter de souffres lors de la vinification peut être assez stressant pour les deux vignerons. Ils m’ont confié qu’ils n’avaient pas l’esprit tranquille lors de ce moment crucial.

 

La surveillance pendant la fermentation.
La surveillance pendant la fermentation.
En pleine macération !
En pleine macération !

La vinification n’est pas le seul moment « problématique ». La région a subi beaucoup de sécheresse cette année même en ayant ajouté de l’herbe dans les vignes pour créer de l’humidité.

Ce tout petit domaine a, comme les plus grands, des objectifs. En travaillant à mi-temps, Sara et Charles souhaitent se mettre à 100% de leur exploitation pour en vivre à long terme. Par exemple en achetant de nouvelles terres. Pour lutter contre les déséquilibres et les maladies, ils misent sur un apport de nature pour combattre la nature : « apporter de la faune et de la flore ». Par exemple, Le domaine met des moutons pour manger de l’herbe entre les pieds de vignes. Encore une fois, un vrai exemple de la philosophie du domaine.

 

L'automne dans le sud de la France !
L’automne dans le sud de la France !

En 2017, 4 cuvées vont sortir. Trois rouges et un blanc à base de Servan comme dit plus haut. Pour les rouges, le domaine est sur les vins de plaisir et de partage. J’espère qu’un jour j’aurai l’occasion de tester ces cuvées pour avoir un avis et sentir leur philosophie au nez et dans la bouche.

 

Grappe de Carignan.
Grappe de Carignan.

Vous voyez bien que le sans sulfite ajoutée ou le « vin nature » n’est qu’une philosophie. Aucune règle n’est mise en place par les autorités. Pas de cahier des charges, pas de façon de faire généralisée. C’est une philosophie. Mon conseil, si vous souhaitez boire que ce type de vin, n’allez pas chez des vignerons en culture raisonnée, n’allez pas au supermarché et chez les cavistes connus. Sélectionnez avec pertinence un domaine qui maitrise l’art de la Biodynamie et qui a l’habitude d’avoir une philosophie « nature ». Ne croyez pas non plus tout ce que l’on vous dit sur Paris sur le fait que le vin nature est meilleur, meilleur pour la santé etc… A Paris, c’est légèrement « bobo ». Et c’est dommage. Ce qui vous fait mal au crâne c’est de boire trop, pas le sulfite 😉 !

 

Lien facebook du domainehttps://www.facebook.com/domaineobriere/

 

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