Vous reprendrez bien un peu de sucre ? 2/2 – La sélection de la rédac’

par | Fév 4, 2022 | Reportages | 0 commentaires

En décembre dernier, pour marquer la fin de cette année 2021 qui n’a pas été seulement tendre et douce, la dégustation mensuelle de la rédac Ni Bu Ni Connu avait pour thème : les sucres dans le vin.

A noter que cette dégustation a eu lieu en mixité et en parité. Cette information dépasse la simple anecdote, quand nous avons pu constater en rédigeant cet article que les vins moelleux sont encore trop souvent classés sur des sites internet qui ont pignon sur rue comme des références idéales pour des “soirées filles” et autres dénominations du même genre, féminin en l’occurrence. Il est vrai que les représentants mâles de la rédac ne sont guère des parangons de la masculinité toxique, mais aucun ne semble s’être senti diminué dans sa virilité en participant à cette dégustation.

Toute plaisanterie mise à part, il est grand temps de sortir les vins sucrés (et sans doute les “soirée filles” en question) des préjugés obsolètes auxquels d’aucuns voudraient les cantonner.  

Et pour vous faire découvrir ces magnifiques vins, voici quelques coups de cœur partagés par l’équipe lors d’une dégustation :

Premier coup de cœur, et pas des moindres, avec ce Jurançon qui a surpris autant qu’il a rassemblé les sensibilités réunies ce soir-là. Rappelons d’abord qu’au pied des Pyrénées, les raisins ne sont pas botrytisés mais passerillés, et les vins doux peuvent compter sur la formidable acidité naturelle du petit manseng pour garder leur équilibre, lorsqu’ils sont bien élevés.

Cette cuvée Phoenix 2020 est un 100% Petit Manseng élevé 6 mois en barriques bordelaises affichant 60g/l de sucres résiduels. Ce Phoenix a pris son envol au Clos Larrouyat, créé en 2011 par Lucie et Maxime Salharang, à partir de 3 hectares de vignes, en hommage au grand-père de Maxime. Les vignes (en grande majorité le Petit Manseng, accompagnés du Gros Manseng et du Camaralet) sont cultivées en bio sur un sol d’argiles et de galets roulés sur une bande de Trias (250 millions d’années), ce qui rend le domaine unique. 

C’est sans doute l’expression de ce terroir exceptionnel que nous avons découverte avec stupeur et émotion dans notre verre : des arômes, certes (mandarine, cédrat, kumquat…) mais surtout une structure et une texture incroyables, qui confèrent aux premières gorgées une sensation éclatante. L’acidité est saline et salivante. Le palais est rafraîchi par de beaux amers aux notes de pamplemousse. Un jeu d’équilibre original et très réussi pour ce Jurançon à l’élevage élégamment discret et à la douceur mesurée. Il sait être à la fois gourmand et digeste, et d’un rapport qualité/prix inégalable. Dans la famille des liquoreux, on peut clairement lui attribuer un fort quotient de buvabilité !

Dans la famille des Coteaux-du-Layon classés en Vin de France, je demande celui de la famille Ménard ! La cuvée Fleurs d’érable de Christine, Joël et leur fils Jérémy Ménard offre des sucres digestes, d’une finesse et d’une fraîcheur dignes des plus grands chenins botrytisés de la région, mais à moins de 15 euros et en biodynamie ! Un “Coteaux-du-Layon” au naturel, avec une dose minimale de soufre ! La couleur est intensément dorée mais le nez exprime des notes de fruits blancs sans exubérance. En bouche c’est fruité, confit, gourmand, mais parfaitement équilibré avec ses 10 petits degrés d’alcool, pour vous accompagner de l’apéritif jusqu’au dessert, en ne faisant surtout pas l’impasse sur une belle pâte persillée.

Nous sommes sur l’aire d’appellation particulière Arbois-Pupillin. Julien Mareschal, dont toutes les vignes sont situées dans le petit village de Pupillin, à 3km au sud d’Arbois, récolte aux premières gelées ces savagnins issus d’un terroir d’argiles bleues schisteuses (température extérieure entre -5 à -8°C en moyenne). Dans l’esprit d’un vin de glace, les raisins sont donc laissés tardivement sur pied de sorte que lorsque le gel arrive, l’eau contenue dans les baies se transforme en glace, ce qui accroît la teneur en sucres du jus ainsi obtenu.  

Le vin est ensuite élevé ouillé durant 24 mois. Le taux de sucre résiduel avoisine les 50 g/l. Les arômes sont très concentrés ; on sent une pointe oxydative typique de la région, mais surtout une énergie et une pureté cristalline caractéristique des blancs du domaine. Une sucrosité discrète et roborative née du froid automnal, pour affronter les frimas de l’hiver.

  • Robin des Vignes 2019, Le Petit clou des Vents / Sylvain Jougla – Vin de France (Bordelais)

Sylvain Jougla, apparemment surnommé par les connaisseurs “le sorcier de Soumensac” (petit village entre Duras et Bergerac), réalise ici une opération alchimique avec des raisins issus de vieilles vignes qui datent de 1944 ! Des raisins à la fois bortrytisés et passerillés (85% Sémillon et 15% Sauvignon) vendangés tardivement mais sans excès ; pressurage direct long et lent tout au long de la journée avant une demi-année d’élevage en barrique. Le résultat ? Un vin “pas tout à fait moelleux”, entre sec et demi-sec, atypique et saisissant de douceur et de fraîcheur. En appellation Vin de France, oserait-on qualifier ce petit clou de Bergerac rock ? Incontestablement dans le vent, en tout cas.

Derrière Vinocéros se trouve Christophe Guittet qui a créé le domaine en 2014. De là est née la cuvée “A l’ombre de…”, un ovni rempli de gourmandise et de fruits ! A la base de cette pépite méconnue ? Des raisins bio 100% Grenache noir cultivés sur des marnes schisteuses exposées sud. Les raisins sont issus de vignes âgées de 50 ans dont le rendement n’excède pas 15 hectolitres à l’hectare. Les raisins sont récoltés en surmaturité. Une macération courte a précédé le pressurage et le mutage se fait directement sur moût. Un VDN rouge donc, ce qui est très rare ! L’élevage s’est fait en cuve fermée pendant 5 mois avec mise en bouteille précoce pour préserver au maximum le fruit. C’est un vin que Christophe a voulu simple, un vin plaisir, mais qui nous fait sortir des sentiers battus. La robe est d’un rouge rubis intense et profond. Le nez et la bouche remplis de fruits rouges frais mais également de notes épicées qui lui donnent un sacré caractère ! Beaucoup de douceur, avec de très fins tanins. Un Vin Doux Naturel, pour le coup vraiment naturel. Enfin, le vigneron conseille d’écouter l’album Bête noire de Bryan Ferry pour un bon accord musical.

  • Alsace Grand Cru Vorbourg Riesling Vendanges Tardives 2017, Clos Saint Landelin, Domaine Muré – Alsace Grand Cru

Côté prix, on monte clairement en gamme. Cela reste néanmoins accessible pour ce vin qui concentre dans ses sucres et son acidité exceptionnelle un terroir mythique. 2017 est un millésime qui a permis, au Clos Saint Landelin, la naissance d’un riesling vendanges tardives qui s’ajoute aux vendanges tardives en pinot gris et gewurztraminer, plus régulières.  Rappelons que le domaine Muré est un domaine familial (depuis 12 générations !) et travaille totalement en bio depuis 1999 et en biodynamie depuis 2013. 

Le Grand Cru Vorbourg se déploie sur les communes de Rouffach (à 95%) et de Westhalten, au pied du Grand et du Petit Ballon d’Alsace. La colline avancée (Vor Berg dans la langue de Goethe) expose ses côteaux escarpés au sud/sud-est. L’exposition, le sol, les conditions climatiques : tout concorde à faire de cette parcelle un Grand Cru. Pour être précis, ce riesling est cultivé en sortie de vallée et exposé plein sud, sur sol marno-calcaire et caillouteux. Le sous-sol est formé de grès calcaire de Jurassique Moyen et de conglomérats calcaires de l’Oligocène. Les vendanges manuelles s’accompagnent du tri direct des raisins dans les parcelles. En octobre 2017, des tries successives ont achevé tardivement les vendanges et les raisins ont été transportés en cagette pour éviter tout tassement, puis pressés en grappes entières. Les vins du domaine fermentent avec les levures indigènes et sont élevés dans de grands foudres pendant au moins 18 mois pour les Grands Crus.

Mais que se passe-t-il alors dans le verre ? Une merveille aux fragrances d’agrumes confits et de miel avec des touches minérales calcaires qui subliment les sucres de cette liqueur salivante ! Car ce riesling 2017 contrebalance ses 115g/l de sucres résiduels avec ses 8g/l d’acidité. Une longueur en bouche que seuls les grands liquoreux peuvent vous offrir !

Rédaction : Marion Château et Bastien Pessey

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