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Consigne du vin : la bouteille la plus écologique est-elle celle que l’on ne refabrique pas ?

Par Willy Kiezer | 17 août 2026 | Reportages | 0 commentaire

On parle beaucoup du carbone dans les vignes, des tracteurs, des traitements ou du transport. Mais une grande partie de l’impact climatique du vin se cache après la vendange, dans un objet que nous cassons consciencieusement après une seule utilisation : la bouteille.

À Lattes, près de Montpellier, Oc’Consigne tente de remettre ce contenant dans une boucle locale. Je suis allé rencontrer Sophie Graziani-Roth et Olivier Sebe pour mon émission Ni Bu Ni Connu sur Divergence FM. Et franchement, après avoir vu l’usine fonctionner, difficile de regarder le conteneur à verre de la même manière.

Recycler le verre, c’est bien. Ne pas le refabriquer, c’est mieux

Ma petite histoire de la consigne ressemble sans doute à celle de beaucoup de Français. Pendant des années, j’ai fait ce que l’on nous demandait : terminer la bouteille, la déposer dans le bac à verre et repartir avec le sentiment du devoir accompli.

Le geste est utile. Le verre est recyclable à l’infini et, selon Adelphe, 85 % du verre d’emballage mis sur le marché en France est aujourd’hui recyclé.

Mais recyclable ne veut pas dire sans impact. Une bouteille à usage unique doit être collectée, triée, transportée, broyée en calcin, puis fondue dans un four verrier fonctionnant autour de 1 500 °C. Il faut ensuite fabriquer un nouveau flacon et le transporter jusqu’au producteur.

Le calcin limite heureusement le recours aux matières premières vierges et réduit les besoins énergétiques. Mais il ne supprime ni la fusion, ni les transports, ni l’extraction de silice, de calcaire et d’autres ressources nécessaires à la fabrication du verre.

Dans le vin, le sujet est loin d’être anecdotique. Adelphe estime que l’emballage, et principalement la bouteille, représente entre 30 et 40 % des émissions de carbone du secteur viticole.

Certaines bouteilles ont longtemps été choisies pour leur poids, leur fond épais et l’impression de prestige qu’elles renvoyaient. Pour les champagnes et les crémants, une partie de cette masse répond aussi à une nécessité technique : résister à la pression. La filière Champagne a néanmoins progressivement allégé ses flacons. C’est une avancée réelle.

Mais il existe un cran supplémentaire dans la sobriété : conserver la bouteille entière et la faire tourner plusieurs fois.

À Lattes, Oc’Consigne remet les bouteilles dans la boucle

Le réemploi est d’une simplicité presque déroutante. La bouteille est rapportée dans un point de collecte, triée, lavée, contrôlée, puis renvoyée vers un producteur pour être remplie à nouveau.

Selon les dispositifs étudiés par l’ADEME en 2018, les gains peuvent atteindre 79 % sur l’énergie primaire non renouvelable, 51 % sur les ressources en eau et environ 76 % sur le changement climatique par rapport à une bouteille à usage unique.

Les études plus récentes de l’agence rappellent toutefois que le résultat dépend du nombre de rotations, du taux de retour, du poids du flacon et des distances parcourues.

C’est précisément pour construire une boucle territoriale qu’Oc’Consigne a installé son centre industriel de lavage à Lattes. Opérationnel depuis 2023, il peut traiter plusieurs millions de bouteilles par an. La structure accompagne aussi les producteurs, propose des bouteilles mutualisées et développe la collecte et la logistique nécessaires à leur retour.

Oc’Consigne est aujourd’hui une SCIC, une Société coopérative d’intérêt collectif, également agréée entreprise d’insertion. Son fonctionnement associe plusieurs catégories de sociétaires : salariés, producteurs, acteurs de la distribution et de la filière, collectivités et soutiens financiers.

L’outil n’appartient donc pas à un acteur isolé. Il est pensé comme un bien commun au service d’une filière locale.

Oc’Consigne appartient par ailleurs à France Consigne, la fédération nationale des industriels du réemploi du verre. Celle-ci travaille à harmoniser les pratiques, à structurer la filière et à rendre les systèmes compatibles d’un territoire à l’autre.

Lors de cette émission, j’ai également échangé avec Olivier Sebe, du Domaine La Clausade à Mauguio. Depuis 2025, le domaine engage une partie de ses bouteilles dans le circuit de réemploi.

Son choix montre que le changement ne concerne plus seulement quelques brasseries militantes ou producteurs de jus de fruits. Le vin peut, lui aussi, remettre ses emballages en circulation.

La consigne ne manque pas d’intérêt, elle manque encore de volume

Si la solution paraît évidente, son déploiement ne l’est pas. Oc’Consigne doit convaincre les deux extrémités de la chaîne en même temps.

D’un côté, les producteurs doivent adopter des bouteilles compatibles, choisir des étiquettes lavables, organiser le stockage et accepter un investissement initial parfois supérieur à celui de l’usage unique. Il faut modifier ses habitudes, ses achats et parfois une partie de son identité visuelle.

De l’autre, il faut suffisamment de points de retour. Les magasins Biocoop sont déjà très présents dans le dispositif local, mais le maillage reste plus difficile à développer chez les cavistes, les restaurateurs et dans la distribution conventionnelle.

Une caisse de bouteilles vides prend de la place. Elle doit être triée, stockée puis enlevée. Sans volumes importants et sans logistique mutualisée, chaque étape coûte plus cher.

La France s’est pourtant fixé un objectif de 10 % d’emballages réemployés en 2027. Entre l’ambition nationale et la réalité observée sur le terrain, il reste un sérieux espace à combler.

Il faut davantage de bouteilles standardisées, plus de points de collecte, des aides lisibles et une véritable politique d’accompagnement pour les producteurs comme pour les distributeurs.

À Lattes, la machine existe déjà. Les compétences aussi. Oc’Consigne a pris le risque d’investir avant que les volumes soient pleinement au rendez-vous. C’est précisément pour cela que cette coopérative mérite d’être regardée, soutenue et utilisée.

La consigne n’est ni nostalgique ni folklorique. C’est une infrastructure moderne, locale et concrète pour réduire l’impact du vin.

Le prochain progrès environnemental de la filière ne se trouvera peut-être pas dans une nouvelle bouteille. Il se trouve peut-être dans celle que nous avons déjà entre les mains.

Sources : ADEME, Analyse de dix dispositifs de réemploi-réutilisation d’emballages ménagers en verre ; ADEME, Évaluation environnementale de la consigne pour le réemploi des emballages en verre en France ; Adelphe, Objectif Climat ; Ministère de la Transition écologique, loi AGEC ; Oc’Consigne ; France Consigne ; Domaine La Clausade.

Les observations de terrain et les éléments concernant les freins rencontrés par la filière sont issus de ma visite du centre de lavage Oc’Consigne et de mes entretiens avec Sophie Graziani-Roth et Olivier Sebe pour l’émission Ni Bu Ni Connu sur Divergence FM.

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