Pourquoi vous devriez boire du Beaujolais Nouveau cet été

par | Juil 10, 2022 | Blog | 1 commentaire

16 novembre 2021, rendez-vous incontournable pour bon nombre d’amateurs de jus de raisins fermentés. Les vins primeurs sont arrivés chez les cavistes depuis quelques jours déjà. Et notamment le plus célèbre d’entre eux, le Beaujolais Nouveau.

Je participe à une soirée à la cave Aux vins vivants dans le 3ème arrondissement de Paris. Je décide d’amener avec moi une bouteille du Beaujolais primeur 2020 d’Hugo Foizel et Angela Quiblier du Domaine des Jeunes Pousses. Parce qu’il m’en reste et parce que je veux me rendre compte de l’évolution de ce type de vin. Je le partage à l’aveugle avec plusieurs personnes et le bilan est unanime : c’est très bon. Je ne peux alors m’empêcher de me poser la question : buvons-nous les vins primeurs au bon moment ?

Préambule, le fameux Beaujolais Nouveau d’Hugo et Angela
(Crédits : Romain Becker)

Un pari risqué

Rappelons déjà ce qu’est un vin primeur. Aussi appelé vin nouveau, ce sont des vins mis en bouteille rapidement après la fin des fermentations. Généralement deux mois après les vendanges. Ils seraient faits pour être bus rapidement. Rouge, blanc, rosé, tout existe. En couleurs, et en qualité également. Ce sont les vignerons du Beaujolais qui ont popularisé les vins nouveaux, et notamment Georges Duboeuf. Un succès commercial qui permet à la région d’écouler des milliers d’hectolitres de vin, de régaler les amateurs de vin sur toute la planète et de faire entrer dès l’automne de l’argent dans les caisses des domaines.

Mais c’est un vin plus difficile à faire qu’il n’y paraît. Car il ne se présente pas toujours sous son meilleur jour, comme nous le verrons plus loin. Il donne un peu le la du millésime. Il annonce ce que sera le reste de la gamme d’un domaine, qui arrivera chez les cavistes au mieux au printemps suivant. Cela peut donc être un pari risqué car un primeur raté peut dissuader certains acheteurs de s’intéresser aux autres vins du domaine. C’est pourquoi, même chez les meilleurs vignerons du Beaujolais, certains n’en produisent jamais.

Ces fameux primeurs, nous en avons déjà tous bu des discutables. Et pas seulement parce qu’ils venaient d’un producteur peu scrupuleux. Mais parce que nous les buvons bien souvent trop tôt. Et ce pour plusieurs raisons.

Vive la fermentation, vive l’élevage

Commençons par une approche technique. La fermentation est une étape primordiale dans la production d’un vin. Outre la transformation du sucre en alcool, c’est là que les précurseurs aromatiques se transforment, ou pas, en arômes. C’est là que la bouche commence à prendre forme. Pas de fermentation, pas de vin. Mais l’élevage est tout aussi important. C’est un temps au cours duquel le vin se pose après le tumulte de la vinification. La formation des arômes se termine, s’affine. Et les choix du vigneron ou de la vigneronne influencent fortement le vin. Élevage sous bois ou en amphore pour avoir une micro-oxygénation qui polira les tanins et apportera de la matière au vin ? Élevage réducteur en cuve inox pour préserver les arômes de fruits et la fraîcheur du vin ? Les possibilités sont infinies. Le vin vit, trouve sa place.

Contrôle des fermentations en cours au Domaine des Jeunes Pousses
(Crédits : Romain Becker)

Puis vient la mise en bouteille, à ne pas négliger. Selon Pierre Overnoy, « un vin doit avoir le même temps d’élevage et de repos en bouteille pour qu’il soit prêt à boire ». Une approche jusqu’au-boutiste, qui toutefois montre bien l’importance de cette phase. Le vin est secoué, chahuté et encore une fois, doit retrouver sa place. La « souris de mise » est un phénomène bien connu des vignerons et vigneronnes de tout poil. Si le vin est bu trop rapidement après sa mise en bouteille, des défauts comme la souris peuvent apparaître. Défauts qui, la plupart du temps, disparaissent après quelques semaines ou mois de calme.

Le printemps est d’ailleurs une période propice aux mises en bouteille, comme l’explique Jacques Néauport dans un récent livre d’entretiens paru aux éditions Le Rouge & le Blanc, Jacques Néauport, le dilettante. Les vins sont plus expressifs, la remontée des pressions atmosphériques permet une clarification. Et si la mise n’est pas possible au printemps suivant la vendange, il recommande d’attendre le printemps d’après. Jamais de mise en automne et en hiver !

Or, les vins primeurs ne connaissent quasiment aucun temps d’élevage et encore moins de repos en bouteille. Le risque est donc grand, notamment pour les vins libres que nous chérissons tant, d’apparaître renfrognés, capricieux, bougons à l’ouverture. Un peu de patience ne nuirait donc pas.

Le Beaujolais Nouveau, c’est maintenant

En dehors de ces considérations techniques, pensons au style des vins primeurs : du fruit, de la fraicheur, de la gourmandise. Ce sont, dans l’immense majorité des cas, des vins directs, francs du collier et sans fioriture. L’archétype du « vin de copain », expression que je n’aime pas beaucoup mais qui a le mérite de l’évidence. Ce sont des vins de soif, pour des moments conviviaux, autour d’une belle assiette de charcuterie, de légumes grillés ou d’un simple saucisson. Un vin de terrasse oseront certains. Or, le temps des terrasses, c’est maintenant ! Les vins primeurs sont par exemple une merveilleuse alternative au rosé. Trente minutes au réfrigérateur et vous voilà avec une bombe de fruits désaltérante, qui a digéré sa fermentation et sa mise en bouteille, et qui se présente donc sous son meilleur jour.

C’est exactement ce que nous racontait mi-juin le Beaujolais primeur 2021 d’Hugo et Angela au domaine des Jeunes Pousses. Nous étions dans la cour du domaine, sous un parasol, avec ce jus couleur grenadine, fleurant bon la fraise, la groseille, la framboise et la rose. N’est-ce pas un moment parfait ?

Romain BECKER

NB : Pour tout savoir sur l’aventure d’Angela Quiblier et Hugo Foizel au Domaine des Jeunes Pousses, retrouvez-les dans les podcasts du Bon Grain de l’Ivresse ici et ici.

A noter qu’après le Domaine des Jeunes Pousses, Angela et Hugo ont décidé de créer leur propre domaine dans le Beaujolais sous le nom d’Obora. A suivre de très très près.

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1 Commentaire

  1. Millon

    Très bel article! Merci pour Angela et Hugo! Ils travaillent dur pour produire leurs vins…ils méritent des compliments ! Car la route est longue pour créer son domaine.

    Réponse

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