Pourquoi le vin nature ?

par | Août 6, 2018 | Textes | 1 commentaire

Rentrons directement dans le vif du sujet. Autrefois très critique sur le vin nature, je n’avais jamais pris la peine de réfléchir sur ce qu’il est et ce qu’il représente. Après plusieurs rencontres, débats, lectures et une plus grande ouverture d’esprit, je suis devenu moins critique à l’égard du vin nature. Et dorénavant, je préférerai partir à la rencontre des vignerons qui élaborent du vin au minimum issu d’une culture de la vigne biologique, celle avec moins de produits « chimiques » en tout genre. Mais avant tout : « Pourquoi le vin nature ? »

Une rencontre pour comprendre le vin nature

Aaron

Il y a deux semaines (en juillet 2018), je suis parti en week-end avec d’autres amoureux du vin pour découvrir TAVEL et son terroir. J’ai rencontré un journaliste américain spécialisé, et surtout fervent défenseur, dans les « vins natures ». Aaron Ayscough écrit pour des grandes presses américaines et anglaises mais aussi pour son blog : not driking poison in Paris. Le nom de son média en dit long sur le sujet qu’il aborde.

Comme toutes les autres personnes que j’ai rencontrées et qui ne jurent que par le « vin nature », je considérais, à tort, Aaron comme quelqu’un venu d’ailleurs, un hurluberlu en quelque sorte. Je dois avouer qu’il y a encore quelques semaines, je ne m’intéressais pas à ce mouvement « nature », je qualifiais cela de mode passagère, très bobo et un peu dans l’air du temps.

 

En dégustant les différents rosés de TAVEL et en échangeant avec lui, j’ai finalement compris certaines choses sur le vin. Je ne dirais pas que j’ai ouvert les yeux, mais presque et j’ai donc voulu en savoir davantage sur ce sujet. Après quelques ouvrages lus, j’ai donc compris à définir le vin nature qui est surtout une philosophie adoptée par les vignerons qui en produisent.

Voici les quelques livres lus :

  • Isabelle Legeron : « Le vin nature »
  • Jérôme Douzelet : « Le goût des pesticides dans le vin »
  • Evelyne Malnic : « Grandeur Nature »
  • Nicolas Joly : »Le vin, la vigne et la biodynamie »

 

Une définition, pour commencer

Le vin nature est tout simplement du jus de raisins fermenté, issu d’une viticulture bio ou biodynamique et donc sans pesticides de synthèse et d’engrais chimiques. Lors de sa vinification le vin nature est élaboré sans intrants œnologiques (enzyme, colle, régulateurs de moût) et avec un petit peu de sulfites, en dose homéopathique.

Première question que je me pose alors : « tous les vins ne sont pas censés être natures non ? »

Si vous m’aviez demandé « qu’est-ce que du vin ? », j’aurais à peu de choses près, écris cette définition. D’ailleurs, un de mes premiers articles porté sur la vinification « comment fait-on du vin rouge », et cela répondait à cette définition, c’est à dire du jus/ un moût qui fermente sans l’aide de produit. J’aurais peut-être ajouté les fameux sulfites, et quelques levures mais pour moi, je pensais naïvement que tous les vins étaient « naturels ».  C’est donc là, à cet instant précis, que j’ai commencé à vraiment me demander : comment fait-on du vin alors ? Avec une viticulture accompagnée de pesticides et de produits œnologiques en tout genre : c’est ça la viticulture conventionnelle !

Viticulture et la vinification

Le premier mot correspond à la culture de la vigne et le second est l’action de prendre les raisins pour les transformer en vin. Information importante : Seulement une dizaine de pourcent des exploitations sont certifiées à la viticulture biologique et à peine 1 % à la biodynamie. Et lorsqu’on regarde la liste des molécules de synthèse autorisées dans la viticulture conventionnelle, il y a de quoi faire froid dans le dos. Des molécules, il en existe des dizaines et des dizaines utilisées comme désherbants, insecticides et autres anti-fongiques. On ne le voit peut-être pas dans nos verres, mais la faune et la flore; la vie dans les vignes en a pris un coup. On s’éloigne de l’image un peu « nature » ou « terroir » que l’on associe habituellement au vin, vous ne trouvez pas ?

Enfin, il faut préciser que le vin est le seul produit transformé dont les ingrédients ne figurent pas sur son étiquette. Et là, on comprend vite pourquoi. La liste des produits autorisés dans la vinification conventionnelle et même bio y est assez déconcertante :

  • Acidifiant, désacidifiant
  • Flash pasteurisation : Procédé consistant à chauffer le vin à + de 70 degrés pour le pasteuriser
  • Enzymes pour accélérer des processus
  • Levures sèches actives pouvant même être aromatique.
  • et les sulfites on en parle ?

Je vous invite à regarder de très près cette infographie réalisée par le site vins naturels. On y remarque la quantité d’intrants utilisés dans la production de vins conventionnels, bio, biodynamiques et ensuite naturel.

Normalement, je le rappelle, la définition du vin est tout simplement que le vin est du jus de raisin fermenté.

Ce sont des catégories de produits que l’on peut décomposer une par une. Par exemple, pour l’acide, il y a l’acide tartrique ou ascorbique, autorisées dans la production des vins bios.

Peut-on dire que l’on boit juste du vin ? Encore plus du vin de terroir ?

C’est à partir de ces quelques informations que l’on peut se poser la question : « Pourquoi le vin nature ? » Je comprends mieux la démarche, à la fois philosophique mais aussi pour le respect du terroir et de la nature. Dans les prochains articles, j’aborderai des sujets comme la viticulture intensive (désherbant etc…), les intrants dans la vinification (pourquoi les utilise-t-on ?), les certifications bio, biodynamiques, le vin nature en détail. Je rencontrerai aussi des vignerons pour comprendre leur philosophie et la façon dont il l’appliquent..

 

Voici quelques photos :

Des vignes « natures » avec de l’herbe autour.

Des vignes travaillées de façon conventionnelle ?

Le vin de Karim Vionnet dans le Beaujolais.